La fraternité d’armes, et d’argent, entre Slave

vladimir-poutine

25/02/2014

Vladimir Voronov

La dépendance de l’armée russe du complexe militaro-industriel est plus grande que l’on ne soupçonne. D’où l’acharnement du régime russe à déstabiliser le pouvoir ukrainien et à « récupérer » cette précieuse industrie.

Dans le contexte des événements de Maïdan et du thriller qu’a été l’octroi d’un crédit de 15 milliards de dollars à Yanoukovitch, bien peu d’attention a été accordée au fait que, soudain, les visites de hauts fonctionnaires russes se sont multipliées dans les établissements du complexe militaro-industriel ukrainien.

Inspection sur place

C’est ainsi que, tout au début du mois de décembre 2013, le responsable principal de la surveillance du complexe militaro-industriel russe, le Vice-Premier Ministre Dmitri Rogozine a effectué une inspection éclair des principales installations de l’industrie de la défense d’Ukraine. Son intérêt a en particulier porté sur les entreprises travaillant pour le secteur des fusées, à savoir l’usine d’Etat de constructions mécaniques A.M. Makarov (« Ioujmach ») et le Bureau d’études M.K. Ianguel (« Ioujnoié »), tous deux implantés à Dniepropetrovsk. Dans l’usine Ioujmach, ce qui intéressait la délégation russe, c’était l’assemblage de pièces pour l’industrie aérospatiale. Les chantiers navals ukrainiens de Nikolaiev ont eux aussi bénéficié de l’attention de Rogozine, qu’il s’agisse des chantiers de construction de gros navires ou de l’usine de fabrication de turbines à gaz Zoria pour les bâtiments de guerre. Rogozine a également inspecté à Zaporojié les entreprises aéronautiques Ivtchenko-Progress et Motor Sitch, et, à Kiev, le joyau de l’industrie aéronautique ukrainienne, les usines Antonov. Là, il s’est entretenu de la coopération en matière de production des appareils An-148/An-158 et du calendrier de la collaboration dans le cadre du programme de production du transporteur militaire An-70 ; la question a également été évoquée de la reprise de la production en série de l’An-124-100 dit « Rouslan ».

En même temps, les fonctionnaires russes se sont adressés aux fabricants d’armes ukrainiens en termes débordant de pathos. C’est ainsi que dans le journal Ekho Moskvy Dmitri Rogozine déclara : « A Nikolaiev, vous avez les chantiers navals « Soixante et un Communards » et les « Chantiers de la mer Noire », mais ils sont comme morts, abandonnés. On se croirait dans le film Stalker de Tarkovski… Et si on prend l’industrie aéronautique, c’est comme si elle aussi était inutile… » Et bien sûr, il va de soi que seule la Russie peut sauver le complexe militaro-industriel ukrainien : « Pour eux, c’est une question de survie, ils n’ont pas le choix. Ce que nous proposons, c’est leur seule chance. Il ne s’agit pas d’un compromis ; il y va de la survie de l’Ukraine ». Dès que l’Ukraine se sera tournée vers la Russie, « elle croulera sous les commandes », car « c’est précisément maintenant que nous pouvons passer la globalité de nos commandes aux entreprises ukrainiennes ». Il y a peu de temps on entendait dire que la Russie pouvait passer aux entreprises d’Ukraine jusqu’à 10% de ses commandes de matériel militaire. Maintenant, le Ministère russe de la défense est obligé d’acheter moins cher, et non plus à ces tarifs aberrants qu’imposent les industriels russes. Or voilà que l’on peut acheter la même chose chez les fabricants ukrainiens. Des experts ont calculé que la part de l’Ukraine dans les commandes russes de matériel militaire pourrait même atteindre les 40%. De toute façon, n’est-ce-pas, les capacités de l’Ukraine restent sous-utilisées.

C’est donc une politique de la « main tendue » ? Une partie non négligeable (c’était même peut-être la part du lion) des 15 milliards de dollars que Moscou a alloués à Kiev à la fin de 2013 aurait été destinée, entre autres, à soutenir l’industrie militaire ukrainienne.
Ce n’est sans doute pas non plus un hasard si les médias ont été inondés de documents sur l’état épouvantable du complexe militaro-industriel en Ukraine. Il en ressort que pratiquement toutes les entreprises qui travaillent pour lui ne survivent que grâce à des contrats avec la Russie, que la moitié de la production de l’industrie militaire ukrainienne est destinée à la Russie et qu’en outre elle reçoit de Russie plus de 70% des composantes et matières premières nécessaires. De surcroît, nul ne peut se faire d’illusions sur les perspectives « européennes » qui s’offriraient dans ce domaine à l’Ukraine puisque l’Europe a sa propre industrie militaire et qu’elle produit plus qu’il ne lui en faut.

Mais ce que la sollicitude russe a de véritablement attendrissant, c’est qu’elle se tourne vers son propre concurrent ! En fait, il serait naïf de supposer que Moscou se préoccupe pour des motifs altruistes du complexe militaro-industriel ukrainien, de sa viabilité, de sa rentabilité, de son relèvement, de la création d’emplois. Ce qui est plus logique, c’est de voir là une tentative pour s’emparer des biens d’un « concurrent » en profitant de la crise du pouvoir et de l’économie en Ukraine. Ce que semblent confirmer partiellement les déclarations de Rogozine en personne. Bien qu’il ait annoncé « Nous n’avons pas l’intention de prendre en charge des usines ukrainiennes », il a admis que la Corporation des constructeurs de moteurs de la Fédération de Russie s’employait déjà à mettre en place « un centre d’ingénierie unique réunissant en une coentreprise Ivtchenko-Progress et le groupe Antonov, et qu’une autre coentreprise était en cours de création avec la Corporation des avionneurs ».
Mais la théorie de la proie qu’on saisit est banale et simpliste, tout comme la version qui circule parmi les politologues kiéviens et selon laquelle les Russes veulent s’emparer de ce qui reste de l’industrie de la défense ukrainienne pour étouffer définitivement un concurrent. Précisons pour commencer que tous les projets véritablement rentables sont depuis longtemps aux mains d’oligarques d’Ukraine, car qui peut songer sérieusement que des Akhmetov, des Firtach, des Porochenko, des Dobkin et des Kernes n’aient pas encore eux-mêmes tout mangé parce que, par bonté d’âme, ils auraient décidé d’inviter des Russes à prendre leur part du gâteau ?

Ce qui est très significatif, c’est que ce ne sont pas de cupides oligarques qui ont poussé à la coopération entre les complexes militaro-industriels des deux pays, mais uniquement des fonctionnaires. Les hommes d’affaires à l’œuvre dans le commerce des armes ne montrent aucun enthousiasme : de toute évidence, ils ne sont pas intéressés. Ne serait-ce que parce qu’ils s’arrangent parfaitement d’une situation où ils peuvent dicter les prix de leurs marchandises et forcer la main des militaires. Le Kremlin a déjà promis à Kiev de lui réserver une partie de ses commandes militaires, mais le moins que l’on puisse dire est que cette idée n’est pas du goût des responsables d’entreprises russes comme Uralvagonzavod ou Klimov. Il semblerait que le monde du business n’ait rien à faire ici et que ce soient uniquement les responsables de l’Etat qui décident.
La situation accablante du complexe militaro-industriel ukrainien et sa dépendance par rapport au voisin oriental sont évidentes. Mais cette médaille a son revers. En effet, ce n’est pas seulement le complexe militaro-industriel ukrainien qui dépend de la Russie, c’est aussi le complexe militaro-industriel russe qui est très tributaire des industries de défense ukrainiennes. La coopération annoncée est d’un intérêt vital pour résoudre sans tarder certaines questions très graves.

Essayons d’y voir clair. A la fin de 2010, la Russie avait annoncé puis adopté un programme public d’armement pour 2011-2020, dont le budget s’élevait à près de 20.700 milliards de roubles. Pour réaliser cet ambitieux programme, le Kremlin comptait initialement sur son seul complexe militaro-industriel (sauf pour construire les porte-hélicoptères de classe Mistral). Même s’il était évident dès le départ que ne compter que sur ses propres forces n’était pas une politique très réaliste. Le 3 décembre 2012, un groupe d’experts du Conseil social de la Commission militaro-industrielle près le Gouvernement russe a présenté un rapport analytique intitulé « La Russie comme importatrice d’armements : défis et possibilités », qui concluait à l’impossibilité de constituer un complexe militaro-industriel russe pleinement indépendant. Comme le reconnaissait Dmitri Rogozine en décembre 2013, « Nos bureaux d’études croulent actuellement sous la tâche. Nous ne suffisons même pas à répondre aux commandes du Ministère de la défense ». Il reconnaissait ainsi implicitement que Moscou avait intensifié ses contacts avec Kiev dans le domaine militaire et industriel parce que la Russie ne disposait pas d’un potentiel suffisant pour réaliser son programme de réarmement.

Le monopole de Motor Sitch

Comme le déclarait le général Anatoli Sitnov, ancien responsable de l’armement des Forces armées russes, dans une interview au journal Vzgliad, « Actuellement, nous montons des moteurs étrangers sur nos hélicoptères et nos avions. Si donc demain la frontière avec cet Etat étranger se trouve fermée, tout s’arrêtera. » L’Etat que le général ne nomme pas, c’est l’Ukraine. Mais voici des faits encore plus récents. Il y a peu, l’entreprise publique de Zaporojié Ivtchenko-Progress a reçu de Russie une mission technique en vue de concevoir un moteur d’avion plus puissant que l’AI-222-25 qui équipe l’avion d’entraînement Yak-130. Effectivement, comme l’a annoncé l’agence d’information Interfax-AVN, l’avion d’attaque léger que la Russie prévoit de développer à partir du Yak-130 exige un moteur plus puissant. Le Yak-130 est équipé d’un moteur AI-222-25 que cette même société Ivtchenko-Progress a spécialement conçu pour cet appareil et que fabrique l’usine Motor Sitch de Zaporojié. En 2004 les constructeurs russes de moteurs d’avions se sont bien chargés de fabriquer ce moteur, mais ils ne le produisent pas en quantités suffisantes et le principal fournisseur reste Motor Sitch ; c’est donc à lui qu’il a fallu s’adresser pour apporter les modifications souhaitées.

Il ne faudrait pas sous-estimer l’importance de Motor Sitch pour notre industrie aéronautique ne serait-ce que parce que pratiquement tous nos hélicoptères, notamment nos hélicoptères de combat, sont équipés de ses moteurs : Mi-8, Mi-171, Mi-24, Mi-35, Mi-26, Mi-28, Ka-27, Ka-29, Ka-32, Ka-50, Ka-52… Une partie de ces moteurs sont fabriqués en Russie (ou y sont montés à partir de pièces importées), mais ce n’est qu’une partie, et elle reste minime. Il a fallu attendre le18 décembre 2012 pour que puisse être monté à partir de pièces entièrement russes le moteur VK-2500 pour les appareils Ka-52 et Mi-28, version russe du moteur TVZ-117VMA que Motor Sitch fabriquait auparavant spécialement pour le Ka-50. Autrefois, la majeure partie des pièces du VK-2500 en Russie venaient de Motor Sitch.

Comme on le sait, les militaires russes attendent de recevoir dans d’assez brefs délais un millier de nouveaux hélicoptères d’attaque (sans compter les hélicoptères de transport), ce qui signifie pas moins de 3.000 moteurs (à raison de deux moteurs par hélicoptère, plus un de rechange). Mais l’industriel russe n’est pas encore en mesure de produire ce nouveau moteur en telle quantité. En 2013, il était prévu d’en fabriquer une cinquantaine seulement, mais aucun rapport n’est encore venu claironner que ce chiffre avait été atteint. Cependant, même si le plan est rempli, ce sera de toute façon insuffisant pour mener à bien le programme d’hélicoptères, sans compter qu’il faut aussi changer les vieux moteurs. C’est pourquoi le principal fournisseur de VK-2500 et de pièces servant à le monter tout comme d’autres moteurs pour les hélicoptères des forces armées russes reste la société ukrainienne Motor Sitch, laquelle produit en outre les moteurs utilisés pour nos appareils tant militaires que civils Il-18, Il-38, An-8, An-12, An-24, An-26, An-30, An-32, An-72, An-74, An-124, An-140, An-148, Be-200, Yak-40, Yak-42…

Les forces aériennes russes ne comptent pas moins de 90 avions d’entraînement L-39 Albatros sur lesquels se forment encore les futurs pilotes de guerre. C’est toujours Motor Sitch qui fabrique leurs moteurs… Entre autres choses, Motor Sitch est aussi le principal fabricant de toutes sortes de moteurs accessoires dans l’aviation : pour l’alimentation en air, la production du courant électrique à bord, le chauffage des cabines des hélicoptères et avions, le démarrage des moteurs proprement dits… Il semblerait qu’en ce qui concerne les moteurs des hélicoptères (et avions susnommés), les aviateurs russes soient lourdement tributaires de l’industrie aéronautique ukrainienne.

Même l’escadron présidentiel « Rossia » relevant de la Direction des affaires de la Présidence est tributaire de l’industrie aéronautique ukrainienne. En 2012-2013, l’usine aéronautique de Voronèje a produit aux termes d’un contrat avec la Direction des affaires de la Présidence deux avions An-148-100 ; ils sont montés à Voronèje, mais les éléments viennent en grande partie d’Ukraine. Pour ces deux avions on a également commandé deux moteurs D-436-148 (apparemment pour servir de moteurs de rechange), fabriqués dans l’usine Motor Sitch de Zaporojié.
Les forces armées russes ont aussi un besoin vital des transporteurs militaires An-70 fabriqués à Kiev. Les militaires s’intéressent en particulier à la coproduction en série des appareils An-70 et An-124 ; l’avion russe Il-76 et ses modèles modifiés ne comblent pas ce créneau. Nos groupes d’aéronautique n’ont rien (et ne semblent rien avoir de prévu à l’avenir) qui ressemble à ce que construisent les usines Antonov.

A en juger par les informations disponibles, le complexe militaro-industriel ukrainien fabrique encore beaucoup de choses intéressantes dans le domaine aéronautique. Par exemple, des missiles guidés. C’est ainsi que le groupe kiévien Artiom produit les missiles air-air à moyenne portée R-27 (ER1, R1, ET1, T1) pour les appareils Mig-29, Su-27, Su-33, Su-34, Su-35. A l’heure actuelle, Artiom est, dans l’espace post-soviétique, le seul fabricant de missiles de ce type pour ces appareils. A Kiev, l’usine Arsenal a conçu des ogives à guidage infrarouge pour les missiles de combat aérien rapproché R-60, R-60M et R-73. On peut également mettre à l’actif de ce même Arsenal les systèmes de visée aérien (pour régler automatiquement le tir des armes embarquées et la trajectoire des bombes) qui sont montés sur les avions Mig et Sukhoï, et sur les hélicoptères Kamov et Mil. C’est là aussi qu’est fabriqué le système de visée intégrée SHCH-zoom-11 monté sur les casques des pilotes des appareils de type Su-27, Mig-29 équipés de missiles R-73, ainsi que le système de visée intégrée « Sura », pour les appareils de type Su-30. C’est également l’industrie aéronautique ukrainienne qui fabrique d’autres « bricoles » comme les systèmes de parachutes-freins équipant les appareils Su-24, Su-27, Mig-29 ou les circuits hydrauliques et autres des Yak-130, Ka-52, Mi-24, Mi-28, Mi-8/17, Mig-27, Mig-29, Su-27, Su-30, Su-34, Su-35, Tu-95 et Tu-160.

Un tour en mer ?

Autre secteur où l’on pourra certes s’en sortir sans l’Ukraine, mais non sans difficultés – et pour beaucoup plus cher : la construction de navires de guerre. Selon le programme adopté par le Kremlin dans ce domaine, la marine russe doit recevoir avant la fin de 2020 24 sous-marins (huit sous-marins d’attaque et 16 sous-marins lanceurs d’engins) et 54 bâtiments de surface de divers types. Selon d’autres informations, il s’agirait de construire 40 sous-marins (10 sous-marins nucléaires d’attaque, 10 sous-marins nucléaires lanceurs d’engins et 20 sous-marins non nucléaires) et pas moins de 65 bâtiments de surface. Le montant total des crédits alloués à la marine dans le cadre du programme d’Etat 2011-2020 en matière d’armement est de 5.000 milliards de roubles (soit environ 166 milliards de dollars), dont 47% sont réservés à la construction de nouveaux navires. Cependant, lors de la réunion du 21 mai 2013 à Sotchi Poutine n’a pas ménagé les responsables de la construction navale, constatant que « des problèmes de délais de livraison et de qualité continuaient de se poser », que « la construction et la livraison à la marine de tout un ensemble de sous-marins nucléaires et de bâtiments de surface avaient pris des retards injustifiés » Au fond, ce qu’il fallait comprendre, c’était que le programme de construction de navires de guerre n’avait quasiment pas été respecté, ce qu’a confirmé en clair le Vice-Premier Ministre Dmitri Rogozine. Très rapidement, les responsables du complexe militaro-industriel russe ont considérablement renforcé leurs activités en direction de l’Ukraine et ont fait de fréquentes visites sur les chantiers navals de Nikolaiev.

L’explication simple de ce phénomène nous a été donnée en décembre 2013, cette fois par le Directeur exécutif de l’association ukrainienne des constructeurs de navires « Ukrsudprom », Iouri Alexeïev : la Russie souffre tout simplement d’un manque de chantiers navals. Autrement dit, les constructeurs russes ne sont pas en mesure d’assurer à eux seuls la réalisation du programme grandiose de réarmement de la marine. C’est vrai avant tout pour ce qui est des sous-marins, des croiseurs et des bâtiments auxiliaires spécialisés tels que tankers, brise-glaces, etc. Or, rien qu’à Nikolaïev, l’Ukraine possède trois chantiers navals, sans parler des chantiers de Kherson, Kertch et Sébastopol. « La Russie a un vaste programme de construction de navires, et l’Ukraine pourrait aider à le réaliser, poursuit I. Alexeïev ; surtout que les chantiers ukrainiens ne fonctionnent qu’à 30% de leur capacité. » Toujours selon lui, la construction de nouveaux porte-avions est pour l’instant problématique, car elle exige d’énormes investissements. Or l’avantage des constructeurs de navires ukrainiens par rapport aux Russes, c’est qu’ils sont capables de produire des bâtiments jaugeant jusqu’à 180.000 tonneaux. « Nous pourrions proposer à nos partenaires de construire des coques tout équipées sur lesquelles seraient ensuite montés, dans des chantiers russes, les armements et installations dotés d’éléments classés ‘secret défense’ ».
C’est aussi à Nikolaïev qu’est installée la société « Zoria-Machproekt », un des principaux concepteurs et fabricants de moteurs à turbine pour équiper les bâtiments de guerre. Nombre de navires de la marine russe en sont ou en seront équipés, en particuliers les frégates des projets 22350 et 11356R/M et les contre-torpilleurs prévus par le projet 21956). En Russie, on n’est pas parvenu à mettre sur pied la fabrication de ce type de turbines à gaz et c’est pourquoi, selon des sources publiques, sur 54 nouveaux bâtiments de surface 31 doivent être équipés de moteurs ukrainiens.
Un tour dans l’espace ?

Autre domaine où la coopération avec le complexe militaro-industriel ukrainien est essentielle pour la Russie : le secteur spatial. Comme on le sait, après la chute de l’URSS un tiers de l’industrie spatiale soviétique est resté sur le territoire ukrainien. Certes, certaines choses sont désormais « mortes », mais d’autres fonctionnent encore. En particulier, on continue de fabriquer à Dniepropetrovsk les fusées porteuses « Zénit », dont il apparaît que l’industrie spatiale russe aurait beaucoup de mal à se passer définitivement. C’est aussi en Ukraine que sont produits des éléments des systèmes de commande des fusées porteuses « Proton », « Soyouz » et « Kosmos », ainsi que de la Station spatiale internationale. Comme on le sait, tous les lancements de fusées porteuses emportant des vaisseaux spatiaux, depuis l’époque de Iouri Gagarine jusqu’à nos jours, et qui ont été effectués sur les bases de Baïkonour, Plesetsk et Kapoustine Yar se sont appuyés sur les appareils de guidage initial de l’usine Arsenal de Kiev. De manière générale, il y a beaucoup d’équipements et d’instruments ukrainiens à bord des satellites et engins spatiaux russes.

La Russie et l’Ukraine coopèrent aussi dans un autre domaine, celui des missiles balistiques intercontinentaux d’ancienne génération (produits à l’époque soviétique) et qui, à ce jour, constituent la base de la puissance nucléaire de la Russie. En particulier, le RS-20 (ou RS-36M, qui est appelé SS-18 « Satan » dans la nomenclature de l’OTAN) a été conçu par le bureau d’étude Ioujnoié de Dniepropetrovsk et fabriqué dans l’usine Ioujmach. Jusqu’à aujourd’hui, ce sont les spécialistes de ces deux entreprises qui assurent le contrôle de garantie et la maintenance des missiles russes, et ils participent aux travaux de prolongation de leur durée de service. C’est également l’entreprise Ioujmach qui fournit les pièces détachées pour les missiles balistiques d’ancienne génération.
Ce n’est pas non plus un secret pour personne que le programme de réarmement nucléaire russe est quelque peu à la traîne. Les missiles vieillissent dans leur silo, on ne peut prolonger indéfiniment le délai d’exploitation du « Satan » et les missiles à combustible solide RS-« Yars » et surtout « Topol-M » ne peuvent aucunement se substituer au « Satan », par rapport auquel ils sont tout à fait inférieurs en puissance et en portée. Pour ce qui est des missiles équipant les sous-marins, les choses ne vont pas au mieux : le « Boulava », on le sait, ne vole pas et les nouveaux sous-marins sont en fait désarmés. On voit donc mal comment, si elle prévoit de fabriquer de nouveaux missiles balistiques lourds, la Russie peut se passer d’entreprises ukrainiennes comme Ioujnoié et Ioujmach.

C’est ce qui explique pourquoi la Russie s’intéresse tant depuis quelque temps au complexe militaro-industriel ukrainien : faute d’une coopération avec les entreprises ukrainiennes, son programme de réarmement semblerait voué à l’échec.

Original: La règle du jeu

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